Un micro-entrepreneur ne peut pas amortir son matériel. Un artisan au régime réel peut déduire un camion à 35 000 € sur 5 ans. Sur le résultat fiscal, la différence peut atteindre 7 000 € de charges en moins par an. L'amortissement n'est pas un concept comptable abstrait : c'est de l'argent dans votre poche. Ce guide détaille les durées d'amortissement par type de matériel, le choix entre linéaire et dégressif, les règles spécifiques aux véhicules et les erreurs qui coûtent cher aux artisans du bâtiment.
L'amortissement, c'est quoi exactement ?
L'amortissement consiste à déduire le coût d'un bien professionnel de votre résultat imposable, réparti sur sa durée d'utilisation. Vous achetez une camionnette 30 000 € HT : au lieu de déduire 30 000 € l'année de l'achat, vous déduisez 6 000 € par an pendant 5 ans. La logique fiscale : le bien perd de la valeur chaque année en travaillant pour vous, et cette perte de valeur est une charge de l'entreprise.
La distinction fondamentale à comprendre est celle entre charge d'exploitation et immobilisation :
- Une charge d'exploitation se consomme dans l'année : carburant, matériaux de chantier, assurance décennale, abonnement téléphonique. Elle se déduit intégralement l'année de la dépense. Le fonctionnement est le même que pour les autres frais déductibles artisan classiques.
- Une immobilisation sert à l'entreprise sur plusieurs années : véhicule, machine, échafaudage, ordinateur. Elle entre au bilan et se déduit par fractions annuelles appelées dotations aux amortissements.
Le seuil des 500 € HT : la règle qui simplifie tout
L'administration fiscale tolère que le petit matériel et outillage d'une valeur unitaire inférieure ou égale à 500 € HT soit passé directement en charge l'année de l'achat, sans immobilisation. Concrètement :
- Perceuse à 289 € HT : charge directe, déduite à 100 % l'année de l'achat.
- Scie circulaire sur table à 1 450 € HT : immobilisation, amortie sur 5 à 7 ans.
- Lot de 3 visseuses à 180 € HT chacune : chaque unité est sous le seuil, le lot passe en charge directe.
Attention à un piège classique : le seuil s'apprécie par élément d'un ensemble indissociable. Un échafaudage complet à 3 800 € HT ne peut pas être découpé en 20 factures de 190 € pour passer en charge. Le fisc requalifie ce type de montage lors d'un contrôle, avec redressement et intérêts de retard.
À retenir
Moins de 500 € HT par unité : charge directe, déduction immédiate. Plus de 500 € HT : immobilisation, déduction étalée par amortissement. Le mobilier de bureau fait exception : la tolérance ne s'applique qu'au renouvellement courant, pas à l'équipement initial complet d'un local.
Qui peut amortir son matériel ?
L'amortissement est réservé aux entreprises qui tiennent une comptabilité d'engagement et déclarent un résultat réel. Pour un artisan, cela couvre :
- L'entreprise individuelle (EI) au régime réel simplifié ou normal, imposée à l'IR dans la catégorie BIC. C'est le cas le plus fréquent chez les artisans du bâtiment qui dépassent les plafonds micro ou qui ont opté pour le réel.
- L'EURL et la SARL à l'IR ou à l'IS : mêmes règles d'amortissement, seule change l'imposition du résultat final.
- La SASU et la SAS à l'IS : amortissement identique, avec un résultat taxé à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 %.
Micro-entrepreneur : amortissement impossible
Le régime micro fonctionne sur un abattement forfaitaire (50 % pour les prestations artisanales BIC, 71 % pour l'achat-revente). Cet abattement est censé couvrir toutes vos charges, y compris le matériel. Conséquence directe : un micro-entrepreneur qui achète un fourgon à 28 000 € ne déduit strictement rien. Pas d'amortissement, pas de récupération de TVA s'il est en franchise, aucun impact sur ses cotisations calculées sur le chiffre d'affaires brut.
C'est l'un des angles morts les plus coûteux du régime micro pour les artisans équipés. Si vous investissez régulièrement dans du matériel, lisez notre guide sur quand passer du micro au régime réel : le point de bascule arrive souvent plus tôt que prévu. Le calcul complet est détaillé plus bas dans cet article.
Durées d'amortissement par type de matériel
La durée d'amortissement correspond à la durée réelle d'utilisation du bien dans votre entreprise. L'administration fiscale admet les durées d'usage de la profession, avec une tolérance de plus ou moins 20 %. Voici les durées usuelles pour le matériel d'un artisan du bâtiment :
| Type de matériel | Durée usuelle | Taux linéaire annuel |
|---|---|---|
| Véhicule utilitaire léger (camionnette, fourgonnette) | 4 à 5 ans | 20 à 25 % |
| Camion, fourgon aménagé | 5 à 7 ans | 14 à 20 % |
| Outillage électroportatif (perceuse, meuleuse, scie) | 5 à 7 ans | 14 à 20 % |
| Gros outillage (compresseur, nacelle, échafaudage) | 5 à 10 ans | 10 à 20 % |
| Machine-outil (fraiseuse, scie à ruban, plieuse) | 5 à 10 ans | 10 à 20 % |
| Matériel informatique (ordinateur, tablette) | 3 ans | 33,33 % |
| Logiciel acquis > 500 € HT | 1 à 3 ans | 33,33 à 100 % |
| Téléphone professionnel | 3 ans | 33,33 % |
| Matériel et mobilier de bureau | 5 ans | 20 % |
| Bâtiment professionnel (atelier, dépôt) | 25 à 40 ans | 2,5 à 4 % |
Deux précisions pratiques. Un : la durée se choisit à l'entrée du bien au bilan et ne se modifie plus ensuite, sauf dépréciation exceptionnelle justifiée. Deux : l'amortissement démarre à la date de mise en service, pas à la date de facture. Un fourgon commandé en novembre et livré le 15 février n'est amorti qu'à partir du 15 février, au prorata des jours restants sur l'exercice.
La base amortissable est le prix d'achat HT si vous récupérez la TVA, augmenté des frais accessoires nécessaires à la mise en service : transport, installation, mise en route. Si vous n'êtes pas assujetti à la TVA, la base est le prix TTC. Sur ce point, notre guide pour récupérer la TVA sur les matériaux détaille les conditions de déduction.
Méthode linéaire ou méthode dégressive : laquelle choisir ?
Le linéaire : simple et universel
L'amortissement linéaire déduit le même montant chaque année : coût divisé par la durée. Une camionnette de 30 000 € HT amortie sur 5 ans génère une dotation de 6 000 € par an, soit un taux de 20 %. C'est la méthode de droit commun, applicable à tous les biens, et la seule autorisée pour les biens d'occasion et les véhicules de tourisme.
Le prorata temporis : la première année est presque toujours incomplète
En linéaire, la première annuité se calcule au prorata du temps écoulé entre la mise en service et la clôture de l'exercice, en jours. Une camionnette mise en service le 1er octobre sur un exercice calé sur l'année civile ne génère que 3 mois d'amortissement la première année : 6 000 × 3/12 = 1 500 €. Le solde se rattrape par une sixième annuité partielle en fin de plan. En dégressif, le prorata se compte en mois entiers à partir du premier jour du mois d'acquisition, ce qui est légèrement plus favorable.
Conséquence pratique pour votre pilotage fiscal : un achat signé en décembre ne réduit presque pas le résultat de l'année en cours. Si votre objectif est de faire baisser le bénéfice imposable d'un bon exercice, achetez et mettez en service le matériel avant l'été plutôt qu'entre Noël et le 31 décembre. Beaucoup d'artisans se précipitent chez le concessionnaire la dernière semaine de l'année pour "payer moins d'impôt" : sur un fourgon à 30 000 €, la dotation de l'exercice sera d'environ 500 €, soit 150 € d'économie d'impôt immédiate. Loin du miracle espéré.
Le dégressif : déduire plus, plus tôt
L'amortissement dégressif (article 39 A du CGI) concentre la déduction sur les premières années. Le taux dégressif s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient qui dépend de la durée :
- 1,25 pour une durée de 3 ou 4 ans
- 1,75 pour une durée de 5 ou 6 ans
- 2,25 pour une durée supérieure à 6 ans
Sur 5 ans, le taux linéaire de 20 % devient un taux dégressif de 20 % × 1,75 = 35 %, appliqué chaque année sur la valeur restant à amortir. Quand la dotation dégressive devient inférieure à la valeur résiduelle divisée par le nombre d'années restantes, on bascule sur le linéaire pour finir le plan. Exemple sur un matériel de 30 000 € HT amorti sur 5 ans :
| Année | Linéaire (20 %) | Dégressif (35 %) | Valeur restante (dégressif) |
|---|---|---|---|
| Année 1 | 6 000 € | 10 500 € | 19 500 € |
| Année 2 | 6 000 € | 6 825 € | 12 675 € |
| Année 3 | 6 000 € | 4 436 € | 8 239 € |
| Année 4 | 6 000 € | 4 119 € (bascule linéaire) | 4 120 € |
| Année 5 | 6 000 € | 4 120 € | 0 € |
En dégressif, vous déduisez 17 325 € sur les deux premières années contre 12 000 € en linéaire. À 30 % de tranche marginale d'IR, cela représente environ 1 600 € d'impôt décalé vers les années suivantes. Le total déduit sur 5 ans reste identique : 30 000 € dans les deux cas. Le dégressif ne crée pas de déduction supplémentaire, il l'accélère.
Notre position : le dégressif gagne presque toujours
L'amortissement dégressif est presque toujours meilleur si vous avez du résultat fiscal à absorber. Un euro d'impôt économisé aujourd'hui vaut plus qu'un euro économisé dans 4 ans, et la trésorerie dégagée finance vos chantiers. Deux exceptions : si votre résultat est déjà faible ou déficitaire (le dégressif gonfle un déficit sans gain immédiat), ou si vous anticipez une forte hausse de revenus qui vous fera monter de tranche (mieux vaut alors garder de la déduction pour les années chères).
Condition d'éligibilité au dégressif
Le dégressif est réservé aux biens neufs d'une durée d'au moins 3 ans appartenant aux catégories listées par le CGI : matériels et outillages de fabrication ou de transformation, matériels de manutention, installations, matériel informatique. Les biens d'occasion, les véhicules de tourisme et la plupart des véhicules utilitaires légers en sont exclus. Validez l'éligibilité avec votre expert-comptable avant d'opter.
Cas pratique : un électricien achète une camionnette
Karim, électricien en EI au régime réel simplifié, assujetti à la TVA, achète une camionnette neuve pour ses chantiers. Déroulons les chiffres complets :
- Prix d'achat : 32 000 € HT, soit 38 400 € TTC avec 6 400 € de TVA à 20 %
- TVA : véhicule utilitaire, donc TVA de 6 400 € intégralement récupérable sur sa prochaine déclaration
- Base amortissable : 32 000 € HT
- Durée : 5 ans, méthode linéaire (utilitaire léger non éligible au dégressif)
- Dotation annuelle : 32 000 ÷ 5 = 6 400 € déduits du résultat chaque année
Impact fiscal : Karim est imposé dans la tranche à 30 %. Chaque dotation de 6 400 € lui économise 6 400 × 30 % = 1 920 € d'impôt par an, soit 9 600 € sur 5 ans. En ajoutant les 6 400 € de TVA récupérée, l'économie fiscale totale atteint 16 000 € sur un achat de 32 000 € HT. La moitié du véhicule est financée par la fiscalité.
Et ce calcul est encore prudent. En EI à l'IR, la dotation réduit aussi la base de calcul des cotisations sociales TNS, autour de 40 à 45 % du bénéfice. L'économie réelle de Karim dépasse donc largement les 16 000 €. Le détail des taux TNS est dans notre guide des charges sociales artisan BTP. Pensez aussi à intégrer ces dotations dans vos prix : notre méthode pour fixer ses tarifs en intégrant les charges inclut les amortissements dans le calcul du taux horaire.
Le véhicule : des règles spécifiques à connaître
Véhicule de tourisme : amortissement plafonné
Si vous achetez une voiture particulière (berline, SUV, break) au nom de l'entreprise, l'amortissement déductible est plafonné selon les émissions de CO2 du véhicule :
| Émissions de CO2 | Plafond d'amortissement déductible |
|---|---|
| ≤ 20 g/km (électrique) | 30 000 € |
| 21 à 50 g/km (hybride rechargeable) | 20 300 € |
| 51 à 165 g/km | 18 300 € |
| > 165 g/km | 9 900 € |
Exemple concret : un SUV diesel à 45 000 € TTC émettant 170 g/km n'ouvre droit qu'à 9 900 € d'amortissement déductible au total. Les 35 100 € restants sont réintégrés fiscalement : vous les payez, mais vous ne les déduisez jamais. Fiscalement, la voiture de tourisme haut de gamme est l'un des pires investissements possibles pour un artisan.
Véhicule utilitaire : aucun plafond
Les véhicules utilitaires (fourgon, camionnette, camion benne, pick-up homologué N1 à usage utilitaire) échappent totalement au plafond. Un fourgon aménagé à 48 000 € HT s'amortit intégralement. La distinction se lit sur la carte grise : mention CTTE (camionnette) ou N1 pour l'utilitaire, VP pour le véhicule particulier.
Même logique pour la TVA : récupérable à 100 % sur un utilitaire, non récupérable sur une voiture particulière, même utilisée exclusivement pour le travail. Entre un break VP à 30 000 € et une camionnette CTTE au même prix, l'écart de coût réel après TVA et amortissement dépasse souvent 12 000 € en faveur de l'utilitaire. Le fonctionnement complet est expliqué dans notre article sur la TVA matériaux et fournitures.
Les immobilisations qu'on ne peut pas amortir
Certains biens entrent au bilan mais ne s'amortissent jamais, parce qu'ils ne perdent pas de valeur par l'usage :
- Le terrain : jamais amorti. Si vous achetez un local avec son terrain pour 200 000 €, seule la valeur de la construction (par exemple 140 000 €) s'amortit sur 25 à 40 ans. La quote-part terrain (60 000 €) reste au bilan sans déduction.
- Les œuvres d'art : jamais amorties, elles sont réputées ne pas se déprécier.
- Le fonds de commerce : pas d'amortissement fiscal en principe. Un amortissement comptable est possible dans certains cas (petites entreprises, durée d'exploitation limitée), mais il est en règle générale réintégré fiscalement. Une mesure temporaire a autorisé la déduction fiscale pour les fonds acquis entre 2022 et 2025 : pour un achat en 2026, le principe de non-déductibilité s'applique de nouveau.
Pour un artisan qui rachète l'activité d'un confrère partant à la retraite, ce point change le calcul de rentabilité de l'opération : le prix du fonds ne générera aucune économie d'impôt annuelle, contrairement au matériel racheté qui, lui, s'amortit sur sa valeur d'acquisition.
L'amortissement exceptionnel : déduire plus vite que la normale
À côté du linéaire et du dégressif, le législateur crée régulièrement des régimes dérogatoires pour orienter l'investissement. Trois mécanismes à connaître :
- L'amortissement dégressif de l'article 39 A du CGI : le régime accéléré de droit commun décrit plus haut, réservé au matériel et outillage de production neuf. Pour une machine à commande numérique ou un centre d'usinage, c'est l'option par défaut à activer.
- Les amortissements exceptionnels sur 12 mois : certains équipements ont bénéficié ou bénéficient d'une déduction à 100 % dès la première année (logiciels par le passé, matériels destinés à économiser l'énergie, imprimantes 3D et robots industriels pour les PME sur certaines périodes). Ces dispositifs sont votés par lois de finances successives et expirent vite : vérifiez systématiquement le texte en vigueur à la date d'achat.
- Les suramortissements : déduction supplémentaire (souvent 40 % de la valeur du bien, en plus de l'amortissement normal) pour des catégories ciblées comme les poids lourds propres ou certains équipements de transition énergétique. Si vous envisagez un camion électrique ou GNV, ce levier peut représenter plusieurs milliers d'euros de déduction bonus.
Le réflexe à avoir : avant tout achat de matériel supérieur à 10 000 €, demandez à votre comptable si un régime accéléré ou un suramortissement existe pour ce bien précis l'année en cours. La question prend deux minutes et peut valoir des milliers d'euros.
Comment comptabiliser vos amortissements ?
Chaque immobilisation doit figurer dans un tableau d'amortissement, document obligatoire annexé à votre liasse fiscale. Il contient pour chaque bien :
- Le numéro d'immobilisation et la désignation du bien
- La date d'acquisition et la date de mise en service
- Le coût d'acquisition (base amortissable)
- La durée et la méthode retenues (linéaire ou dégressif)
- La dotation de l'exercice
- Le cumul des amortissements et la valeur nette comptable
En pratique, votre expert-comptable tient ce tableau et calcule les dotations à la clôture, à une condition : que vous lui transmettiez toutes vos factures d'achat de matériel. C'est l'erreur la plus courante et la plus bête : perdre la facture du compresseur acheté en mars. Sans justificatif, pas d'immobilisation, pas d'amortissement, pas de récupération de TVA. Un achat de 2 000 € non justifié, c'est environ 1 000 € d'économies fiscales et sociales qui partent à la poubelle avec le ticket.
Organisez-vous dès l'achat : exigez une facture au nom de l'entreprise avec toutes les mentions obligatoires, classez-la numériquement, et centralisez vos justificatifs comme pour un registre des achats. Au moment du bilan, un dossier propre réduit directement vos honoraires comptables : notre guide sur l'export comptable artisan montre comment préparer la transmission. Un logiciel qui exporte vos données pour votre comptable automatise cette partie et évite les justificatifs perdus.
Les 4 erreurs d'amortissement les plus coûteuses chez les artisans
- Perdre les factures d'achat. Sans justificatif, pas de déduction. Photographiez ou scannez chaque facture de matériel le jour de l'achat.
- Payer du matériel professionnel avec le compte personnel. Le bien peut quand même être inscrit à l'actif, mais la traçabilité devient laborieuse et votre comptable facture le temps passé à reconstituer les flux. Un compte professionnel dédié règle le problème.
- Oublier de signaler un achat au comptable. Un matériel absent du tableau d'amortissement à la clôture ne se rattrape pas rétroactivement : les annuités omises sont définitivement perdues si l'omission est volontaire ou négligente (amortissements irrégulièrement différés).
- Amortir sur une durée fantaisiste. Un fourgon amorti sur 2 ans pour doper la déduction sera retoqué en contrôle, avec réintégration des excédents et pénalités. Restez dans les fourchettes d'usage du tableau plus haut.
Amortissement et TVA : deux mécanismes à ne pas confondre
Beaucoup d'artisans mélangent les deux. Ce sont deux économies distinctes, sur deux impôts différents, qui se cumulent :
- La TVA récupérable se déduit de la TVA que vous collectez sur vos factures clients. Elle se récupère en une fois, dès la déclaration qui suit l'achat. Sur un fourgon à 32 000 € HT, ce sont 6 400 € récupérés en quelques semaines.
- L'amortissement se déduit de votre résultat imposable (IR ou IS). Il s'étale sur la durée d'utilisation et réduit votre impôt sur le bénéfice chaque année du plan.
Si vous êtes assujetti à la TVA, les deux jouent en même temps : vous récupérez la TVA immédiatement et vous amortissez le montant HT sur la durée. Si vous êtes en franchise en base de TVA (possible même au régime réel d'imposition des bénéfices), vous ne récupérez pas la TVA, mais vous amortissez alors le montant TTC : la TVA non récupérée rejoint la base amortissable. Attention également au cas particulier de la revente : céder un utilitaire dont vous avez récupéré la TVA implique de facturer la vente avec TVA, et la plus-value éventuelle (prix de vente supérieur à la valeur nette comptable) est imposable.
Quand passer du micro au régime réel pour amortir ?
Le régime micro est imbattable en simplicité, mais il devient fiscalement perdant dès que vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de 50 % (prestations BIC artisanales). Un achat de gros matériel fait basculer le calcul très vite. Posez les chiffres :
| Poste | Micro-BIC (abattement 50 %) | Régime réel |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 70 000 € | 70 000 € |
| Charges courantes réelles | Non déduites (forfait) | 28 000 € |
| Amortissement fourgon 32 000 € sur 5 ans | 0 € | 6 400 € |
| Base imposable | 35 000 € | 35 600 € puis 29 200 € dès l'achat du fourgon |
| TVA sur le fourgon | Perdue si franchise (6 400 €) | Récupérée (6 400 €) |
La règle de décision tient en une phrase : si vos charges réelles plus vos amortissements dépassent durablement 50 % de votre chiffre d'affaires, le régime réel gagne. Pour un artisan du bâtiment avec véhicule, outillage, matériaux et assurances, c'est presque systématiquement le cas au-delà de 50 000 € de CA. Le passage au réel implique une vraie comptabilité (notre guide sur la comptabilité artisan bâtiment régime réel détaille les obligations), l'établissement d'un bilan annuel et la perte d'options micro comme le versement libératoire. Comptez 1 200 à 2 500 € d'honoraires comptables annuels : sur l'exemple ci-dessus, l'économie fiscale et sociale les couvre plusieurs fois.
Questions fréquentes
Puis-je amortir du matériel acheté d'occasion ?
Oui. Un bien d'occasion s'amortit sur sa valeur d'achat et sur sa durée d'utilisation résiduelle estimée, uniquement en linéaire (le dégressif est réservé au neuf). Un fourgon d'occasion de 4 ans acheté 15 000 € peut s'amortir sur 3 ans, soit 5 000 € de dotation annuelle. Conservez la facture du vendeur professionnel ou l'attestation de cession.
Puis-je amortir du matériel que je possédais avant de créer mon entreprise ?
Oui, par un apport en nature. Le matériel entre au bilan à sa valeur réelle au jour de l'apport (valeur d'occasion, pas le prix neuf d'origine) et s'amortit sur sa durée d'utilisation restante. Établissez un état descriptif avec estimation justifiable : annonces comparables, cote, facture d'origine. Sans évaluation sérieuse, le fisc peut contester la valeur en cas de contrôle.
Que se passe-t-il si je revends le matériel avant la fin de l'amortissement ?
La vente déclenche le calcul d'une plus ou moins-value : prix de cession moins valeur nette comptable. Un fourgon amorti à hauteur de 19 200 € sur 32 000 € a une valeur nette de 12 800 € ; revendu 16 000 €, il génère 3 200 € de plus-value imposable. Bonne nouvelle pour les petites entreprises : l'exonération de l'article 151 septies du CGI efface totalement la plus-value si votre CA est inférieur à 250 000 € (ventes) ou 90 000 € (services) et que l'activité a plus de 5 ans.
Le matériel financé en crédit-bail ou en LOA s'amortit-il ?
Non. En crédit-bail, en LOA ou en location longue durée, vous n'êtes pas propriétaire : le bien n'entre pas à votre bilan et ne s'amortit pas. En contrepartie, les loyers sont des charges déductibles à 100 % (dans la limite des plafonds CO2 pour les véhicules de tourisme). Le matériel financé par emprunt classique, lui, s'amortit normalement, et les intérêts d'emprunt se déduisent en plus.
Un amortissement peut-il créer ou augmenter un déficit ?
Oui. Les dotations aux amortissements se déduisent même si elles rendent le résultat négatif. En EI à l'IR, le déficit BIC professionnel s'impute sur le revenu global du foyer ; à l'IS, il se reporte sur les bénéfices suivants sans limite de durée. Une année d'investissement lourd peut donc effacer l'impôt du foyer. Si le déficit devient récurrent, le problème n'est plus fiscal mais économique : revoyez vos prix.
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