Tu passes en SASU quand l'un de ces trois seuils est atteint : ton CA approche du plafond légal de l'auto-entreprise, tes charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de l'AE, ou ton activité nécessite une protection patrimoniale ou des associés. Hors de ces cas, rester auto-entrepreneur est souvent la meilleure option, plus simple et moins chère à gérer.
Ce guide ne compare pas les statuts en théorie. Il te donne les trois déclencheurs concrets, avec les chiffres, pour savoir si tu es au bon moment.
Ce que le statut auto-entrepreneur t'interdit de faire
Avant les seuils, comprendre les blocages structurels de l'AE. Certains ne dépendent pas du CA.
Tu ne peux pas déduire tes charges réelles. Un auto-entrepreneur paie ses cotisations sur son chiffre d'affaires brut, et l'administration applique un abattement forfaitaire pour calculer l'impôt sur le revenu : 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les BNC. Si tes vraies dépenses professionnelles (matériel, véhicule, local, sous-traitance) représentent 45 % de ton CA, tu paies de l'impôt sur de l'argent que tu n'as pas gardé.
Tu ne peux pas t'associer. Un auto-entrepreneur est par définition une entreprise individuelle. Pas de co-fondateur, pas d'entrée d'investisseur, pas de partage de capital. Pour faire entrer quelqu'un dans ton activité, tu dois changer de structure.
Tu ne peux pas dépasser les plafonds. Au-delà d'un certain CA, tu sors de facto du régime. Ce n'est pas un choix, c'est une obligation légale.
Seuil 1 : le plafond de chiffre d'affaires
C'est le déclencheur le plus simple. Il n'y a rien à décider : si tu dépasses ces seuils deux années de suite, tu dois changer de statut.
| Type d'activité | Plafond CA auto-entrepreneur 2026 |
|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 188 700 € |
| Prestations de services (BIC) | 77 700 € |
| Professions libérales (BNC) | 77 700 € |
Si tu es prestataire de services (artisan, consultant, freelance) et que ton CA dépasse 77 700 € deux ans de suite, tu perds le régime micro. Ce n'est pas une pénalité, c'est une sortie automatique vers le régime réel simplifié ou normal.
La bonne pratique : anticiper. Quand tu approches de 60 000 à 65 000 € de CA annuel en services, commence à explorer la SASU. La création prend entre 2 et 6 semaines. Si tu attends d'avoir dépassé le seuil, tu gères la transition dans l'urgence.
Le seuil TVA, un signal d'alarme plus précoce
Le plafond de franchise TVA en 2026 est de 37 500 € pour les prestations de services. Au-delà, tu collectes la TVA même en restant auto-entrepreneur. Si tu as déjà franchi ce seuil, tu as déjà une partie de la complexité de la SASU sans ses avantages. C'est souvent le moment de réfléchir au changement de structure.
Seuil 2 : le point où la fiscalité bascule
C'est le plus complexe à évaluer, et c'est celui que la plupart des artisans ratent. La comparaison fiscale AE vs SASU dépend d'un facteur souvent ignoré : la part de tes vraies dépenses professionnelles dans ton CA.
Comment fonctionne l'abattement forfaitaire en AE
En auto-entreprise, tu ne déclares pas tes vraies charges. L'administration applique un abattement forfaitaire censé les représenter : 50 % du CA pour les services BIC. Si tes vraies dépenses sont inférieures à 50 %, tu es gagnant. Si elles sont supérieures, tu paies de l'impôt sur de l'argent déjà dépensé.
Exemple : tu réalises 70 000 € de CA avec 30 000 € de vraies dépenses (matériel, voiture pro, sous-traitance, assurances). Ton vrai bénéfice est de 40 000 €. Mais l'AE te calcule l'IR sur 35 000 € (70 000 × 50 %). Tu paies légèrement moins, mais tu n'as pas pu déduire 30 000 € de dépenses réelles contre 35 000 € d'abattement. Avantage marginal.
Maintenant : 70 000 € de CA avec 42 000 € de vraies dépenses. Vrai bénéfice : 28 000 €. Mais tu paies l'IR sur 35 000 €. Tu es imposé sur 7 000 € de bénéfice fictif. En SASU, ces 42 000 € seraient déduits avant calcul de l'IS.
La simulation à 70 000 € de CA
| Poste | Auto-entrepreneur | SASU optimisée |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 70 000 € | 70 000 € |
| Charges réelles déductibles | Non déductibles | 15 000 € (dont comptable) |
| Cotisations sociales | 14 840 € (21,2 % du CA) | Variable selon rémunération |
| Impôt sur les sociétés | Aucun (IR uniquement) | 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice |
| Charges de gestion (comptable, etc.) | Faibles (~500 €) | 2 500 à 4 000 €/an |
La SASU permet d'optimiser via deux leviers combinés : rémunération du dirigeant (déductible avant IS) et dividendes (soumis au PFU de 30 %, pas aux cotisations sociales dans une SASU). Résultat : à CA égal, le dirigeant SASU peut payer moins de charges que l'auto-entrepreneur si ses dépenses réelles sont élevées et sa gestion bien calée.
Mais le point de bascule n'est pas universel. Il dépend de ta situation personnelle (autres revenus, situation familiale, dépenses réelles), et seul un expert-comptable peut faire ta simulation exacte. Ce qui est sûr : en dessous de 40 000 € de CA services, la SASU coûte plus cher à gérer qu'elle ne rapporte fiscalement.
Seuil 3 : les raisons stratégiques qui n'ont rien à voir avec le fisc
Parfois, la décision de basculer en SASU ne vient pas d'un calcul fiscal. Elle vient d'une contrainte opérationnelle.
La protection de ton patrimoine personnel
En auto-entreprise, ta responsabilité est en principe illimitée. Si un client te poursuit pour un sinistre important et que ton assurance ne couvre pas tout, tes biens personnels (épargne, voiture, parts de résidence principale si non protégées) peuvent être saisis.
La SASU est une société. Sa responsabilité est limitée au capital social, qui peut être d'1 €. Ton patrimoine personnel est séparé du patrimoine de l'entreprise. Pour les artisans du bâtiment, les freelances qui gèrent des projets importants, ou toute activité exposée à des risques financiers significatifs, c'est une raison suffisante à elle seule.
Note : depuis 2022, l'entrepreneur individuel (EI) bénéficie aussi d'une séparation automatique des patrimoines. La SASU reste la solution la plus solide juridiquement, mais l'EI comble en partie ce manque de l'AE.
L'accès à certains marchés et clients
Certains donneurs d'ordre n'acceptent pas les auto-entrepreneurs dans leurs panels fournisseurs. Grands groupes, marchés publics au-dessus de certains seuils, appels d'offres institutionnels : ils exigent une structure sociétaire avec bilan certifié. Si tu vises ce type de client, la SASU n'est pas une option, c'est un prérequis.
L'arrivée d'un associé ou d'un investisseur
Un auto-entrepreneur ne peut pas avoir d'associés. Si tu veux t'associer avec quelqu'un ou faire entrer un investisseur au capital, tu dois créer une société. La SASU se transforme facilement en SAS (société par actions simplifiée) dès qu'un deuxième actionnaire entre : pas de reconstitution de structure, juste une modification des statuts.
Ce que tu perds en quittant l'auto-entreprise
La SASU n'est pas que des avantages. Savoir ce que tu abandonnes évite les regrets.
La simplicité administrative
En AE, tu déclares ton CA chaque mois ou chaque trimestre sur le site de l'URSSAF. Vingt minutes, pas de bilan, pas de liasse fiscale. En SASU, tu as une comptabilité obligatoire, des comptes annuels à déposer au greffe, une assemblée générale à tenir chaque année, des déclarations fiscales plus complexes. Le coût d'un expert-comptable en SASU : entre 2 000 et 5 000 € par an selon l'activité.
Le versement libératoire de l'impôt
Si tu avais opté pour le versement libératoire en AE, tu payais ton impôt sur le revenu en même temps que tes cotisations, au fil de l'eau. En SASU, tu pagues l'IS trimestriellement par acomptes provisionnels, et ton IR personnel séparément. La trésorerie se gère différemment.
La couverture sociale (selon ta configuration)
En AE, tes cotisations (21,2 % du CA) couvrent maladie, retraite de base, invalidité-décès. En SASU, tout dépend de si tu te verses une rémunération. Pas de rémunération = pas de cotisations sociales = pas de droits à la retraite, pas d'indemnités journalières. Le dirigeant SASU qui se rémunère zero pour optimiser ses impôts construit sa retraite à zéro. C'est le compromis le plus souvent sous-estimé.
Comment créer ta SASU et fermer ton auto-entreprise
La transition se fait en deux temps parallèles : création de la SASU, puis radiation de l'AE.
Créer la SASU : les étapes
Rédige les statuts (modèles disponibles en ligne, mais un avocat ou comptable les sécurise pour 300 à 800 €). Dépose le capital social sur un compte bancaire bloqué (1 € minimum, mais entre 1 000 et 5 000 € en pratique pour la crédibilité). Publie un avis de constitution dans un journal d'annonces légales (~150 €). Dépose le dossier sur le guichet unique (guichet-entreprises.fr). Délai : 1 à 3 semaines pour obtenir le Kbis.
Radier l'auto-entreprise
Tu n'es pas obligé de radier immédiatement l'AE le jour de la création de la SASU. Dans la pratique, beaucoup de créateurs gardent les deux statuts actifs quelques semaines pendant la période de transition. Declare un CA nul sur l'AE pendant cette période, puis procède à la radiation via autoentrepreneur.urssaf.fr. La radiation prend effet à la date déclarée.
Ce qu'il ne faut pas faire
Ne continue pas à facturer avec ton AE après avoir créé ta SASU si tu as des clients en commun : tu auras deux structures actives qui peuvent se confondre. Ne transfère pas tes contrats en cours sans en informer tes clients : un contrat signé avec toi en tant qu'AE n'est pas automatiquement transféré à ta SASU. Et n'oublie pas de ré-immatriculer ton activité si elle est réglementée (artisanat, BTP) dans le nouveau registre.
FAQ
Peut-on créer une SASU tout seul, sans associé ?
Oui. La SASU est une SAS unipersonnelle : un seul actionnaire, toi. Tu es à la fois actionnaire et président. Tu peux rester seul indéfiniment ou faire entrer un associé plus tard en cédant des actions, ce qui transforme la SASU en SAS sans autre formalité majeure.
Quel est le capital minimum d'une SASU ?
Légalement, 1 €. En pratique, déposer entre 1 000 et 5 000 € donne plus de crédibilité auprès des banques et des clients. Ce capital te revient : il est à toi, bloqué le temps de l'immatriculation, puis disponible pour les dépenses de l'entreprise.
Peut-on passer de SASU à AE si ça ne convient pas ?
Techniquement oui, mais c'est une dissolution de société plus une nouvelle immatriculation AE. Ça prend plusieurs mois, coûte entre 1 000 et 3 000 € en frais divers, et peut créer des complications comptables. Avant de créer une SASU, être certain que c'est le bon moment : le retour arrière est coûteux.
Ma SASU peut-elle avoir le même numéro SIRET que mon AE ?
Non. La SASU est une entité juridique distincte : elle obtient son propre SIRET à la création. Ton SIRET d'auto-entrepreneur s'annule à la radiation. Tes clients devront mettre à jour leurs fichiers fournisseurs avec le nouveau SIRET.
Dois-je informer mes clients quand je passe en SASU ?
Oui, pour deux raisons. Les contrats en cours sont signés avec toi en tant qu'auto-entrepreneur : ils ne se transfèrent pas automatiquement à la SASU. Et tes factures vont changer : nouvelle raison sociale, nouveau SIRET, nouveau RIB si tu changes de banque. Envoie un email à chacun de tes clients actifs pour les informer du changement, en précisant la date d'effet et les nouvelles coordonnées de facturation.
Pour gérer tes cotisations URSSAF en auto-entrepreneur jusqu'à la radiation, consulte notre guide sur la déclaration et les charges auto-entrepreneur 2026.
Si tu hésites encore sur le moment, le bilan annuel auto-entrepreneur est le bon moment pour faire le point : CA réel, charges réelles, progression, et décider si l'année suivante justifie la transition.
Quelle que soit votre structure juridique, le générateur de facture gratuit de Kelyseo s'adapte à votre statut — auto-entrepreneur, SASU, EURL — et pré-remplit les mentions légales correspondantes.
Avantages et inconvénients de la SASU vs auto-entrepreneur
Le passage en SASU est souvent présenté comme la solution universelle dès que le chiffre d'affaires dépasse les seuils de l'auto-entrepreneur. En réalité, chaque structure a ses avantages et ses contraintes. Voici une comparaison objective pour t'aider à décider.
Avantages de la SASU
- Protection sociale renforcée : le président de SASU assimilé salarié cotise à l'assurance maladie, aux indemnités journalières, à la retraite complémentaire Agirc-Arrco. La couverture est comparable à celle d'un salarié cadre.
- Déductibilité des charges réelles : loyer d'un bureau, matériel informatique, logiciels, frais de déplacement, téléphone, mutuelle d'entreprise. En auto-entreprise, aucune charge n'est déductible.
- Rémunération optimisée : tu choisis de te verser un salaire (soumis à cotisations) et/ou des dividendes (soumis à la flat tax de 30 %). Selon ton niveau de revenu, la combinaison des deux peut être fiscalement avantageuse.
- Crédibilité professionnelle : certains grands comptes et administrations préfèrent travailler avec des sociétés plutôt qu'avec des auto-entrepreneurs.
- Transmission facilitée : une SASU peut être cédée par vente de parts sociales, ce qui est plus souple qu'une auto-entreprise.
Inconvénients de la SASU
- Comptabilité obligatoire : bilan annuel, compte de résultat, dépôt des comptes au greffe. Le coût d'un expert-comptable est de 1 500 à 4 000 € par an selon la taille.
- Charges sociales sur salaire élevées : les cotisations sociales du président assimilé salarié représentent environ 80 % du salaire net. Pour un salaire net de 2 000 €/mois, le coût total employeur est d'environ 3 600 €/mois.
- Formalités de création plus longues : rédaction des statuts, dépôt du capital, immatriculation au RCS, ouverture d'un compte bancaire professionnel obligatoire.
- Cotisations minimales même sans activité : contrairement à l'auto-entreprise (zéro CA = zéro charge), une SASU sans activité peut générer des frais fixes (expert-comptable, banque pro, charges minimales).
Simulation comparaison fiscale : auto-entrepreneur vs SASU à 60 000 € de CA
Prenons un consultant indépendant avec 60 000 € de chiffre d'affaires annuel (prestations intellectuelles) pour comparer les deux statuts.
En auto-entrepreneur (22 % de charges)
- CA brut : 60 000 €
- Charges URSSAF : 13 200 € (22 %)
- Abattement fiscal forfaitaire 34 % (BNC) : 20 400 €
- Revenu imposable : 39 600 €
- Impôt sur le revenu (estimé, célibataire sans enfant) : environ 5 800 €
- Revenu net disponible : environ 41 000 € (avant IR)
En SASU (salaire net 2 500 €/mois + dividendes)
- CA brut : 60 000 €
- Charges sociales sur salaire (president assimilé salarié, 30 000 €/an de salaire brut) : environ 24 000 €
- Expert-comptable + frais divers : 3 000 €
- Bénéfice restant : 33 000 €
- IS à 15 % (taux réduit PME) : 4 950 €
- Dividendes disponibles (flat tax 30 %) : environ 19 600 € net
- Revenu total disponible (salaire net + dividendes nets) : environ 43 600 €
La différence est modeste à 60 000 € de CA. Elle devient plus significative au-delà de 80 000 €, notamment grâce aux charges déductibles et à l'optimisation salaire/dividendes.
Étapes de la création de SASU et frais de transformation
Étapes principales
- Rédaction des statuts (avec un avocat ou sur un modèle en ligne) : 300 à 1 500 €
- Dépôt du capital social (minimum 1 €, mais 1 000 € recommandé) sur un compte bancaire bloqué
- Immatriculation au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) via le guichet unique INPI : environ 70 €
- Publication d'un avis de constitution dans un journal d'annonces légales : environ 120 €
- Radiation de l'auto-entreprise auprès du CFE ou via le guichet unique
- Ouverture d'un compte bancaire professionnel au nom de la SASU
Apport du fonds artisanal ou commercial
Si tu exerces une activité artisanale ou commerciale (parqueteur, plombier, etc.), tu peux apporter ton fonds de commerce (clientèle, contrats, outils) à la SASU lors de sa création. Cet apport doit être évalué par un commissaire aux apports si sa valeur dépasse 30 000 € ou représente plus de la moitié du capital. L'apport réduit la trésorerie nécessaire au démarrage et peut être amorti par la société.
Clause de non-concurrence
Si tu travailles pour un donneur d'ordre principal (une agence, un grand compte) et que tu passes en SASU, vérifie l'existence d'une clause de non-concurrence dans tes contrats en cours. Cette clause peut t'interdire de démarcher les clients de ton donneur d'ordre directement via ta SASU. La transformation de statut ne neutralise pas les clauses contractuelles antérieures.
FAQ complémentaire sur le passage auto-entrepreneur vers SASU
Puis-je créer la SASU avant de radier l'auto-entreprise ?
Oui. Tu peux créer la SASU et commencer à facturer sous ce statut, tout en maintenant l'auto-entreprise active le temps de finaliser les formalités. Mais attention : exercer la même activité sous deux statuts simultanément peut être problématique fiscalement si cela dure plus de quelques semaines. Dès que la SASU est opérationnelle, radie l'auto-entreprise.
Le capital de la SASU est-il obligatoirement en numéraire ?
Non. Le capital peut être constitué d'apports en numéraire (espèces, virement), d'apports en nature (matériel, véhicule, fonds de commerce) ou d'apports en industrie (savoir-faire, non libérateur du capital). Les apports en nature doivent être évalués. En pratique, pour une petite activité de services, un capital de 1 000 € en numéraire suffit pour débuter.
Dois-je prévenir l'URSSAF de mon changement de statut ?
La radiation de l'auto-entreprise entraîne automatiquement la clôture de ton dossier URSSAF micro-entrepreneur. La SASU s'immatricule auprès de l'URSSAF comme nouvelle entité (nouveau numéro SIRET). Les cotisations de la période auto-entrepreneur restent dues jusqu'à la date de radiation : déclare et paie le CA réalisé jusqu'à cette date, même si c'est une déclaration partielle sur quelques semaines.
SASU vs EURL : quelle est la meilleure alternative à l'auto-entreprise ?
La SASU n'est pas la seule alternative au statut auto-entrepreneur. L'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est une autre option courante. Voici les principales différences.
Régime social du dirigeant
Le président de SASU est assimilé salarié : il cotise au régime général de la Sécurité sociale (comme un salarié cadre). Le gérant associé unique d'EURL est travailleur non salarié (TNS) : il cotise au SSI (ex-RSI). La protection sociale de l'assimilé salarié est meilleure (indemnités journalières plus élevées, accès à l'assurance chômage sous conditions). En contrepartie, les charges sociales sur le salaire du président de SASU sont plus lourdes.
Traitement des bénéfices non distribués
En EURL, les bénéfices non distribués sont soumis aux cotisations sociales du gérant TNS (environ 45 % des bénéfices). En SASU, les bénéfices mis en réserve ou distribués sous forme de dividendes ne supportent que la flat tax de 30 %. C'est un avantage significatif de la SASU si tu génères des bénéfices importants que tu ne te verses pas entièrement en salaire.
Coûts de fonctionnement comparés
- SASU : expert-comptable obligatoire, dépôt des comptes annuels au greffe, charges sociales élevées sur le salaire du président, compte bancaire pro obligatoire.
- EURL : mêmes formalités comptables, mais charges sociales TNS souvent moins élevées à revenu équivalent. Pas d'accès à l'assurance chômage de droit commun.
- Auto-entreprise : zéro formalité comptable, zéro charge fixe si zéro CA, mais zéro déductibilité des charges réelles.
Quand rester auto-entrepreneur : les situations où ça reste optimal
Contrairement aux idées reçues, l'auto-entreprise reste souvent la meilleure structure dans plusieurs situations. Il ne faut pas passer en SASU par effet de mode.
Activité complémentaire ou saisonnière
Si tu exercises une activité secondaire en plus d'un emploi salarié, l'auto-entreprise est quasi toujours la meilleure option. Les charges sont proportionnelles au CA, il n'y a pas de frais fixes, et tu n'as pas besoin d'un expert-comptable. Une SASU avec peu d'activité génèrerait des frais de structure sans bénéfice réel.
CA inférieur à 40 000 euros en services
En dessous de 40 000 € de CA annuel pour une activité de services, le différentiel de revenu disponible entre auto-entreprise et SASU ne justifie généralement pas les frais de structure d'une société (2 000 à 4 000 €/an d'expert-comptable + frais divers). La simulation reste indispensable selon ta situation personnelle (charges déductibles, régime matrimonial, couverture sociale souhaitée), mais l'auto-entreprise reste compétitive à ce niveau.
Phase de test d'une nouvelle activité
Si tu lances une nouvelle activité dont tu n'es pas sûr du modèle économique, commencer en auto-entreprise est toujours plus sage. La transformation en SASU peut intervenir dès que l'activité est validée et que les revenus justifient la structure. Créer une SASU directement pour tester une idée, c'est prendre le risque de payer des frais de structure (expert-comptable, fermeture) pour une activité qui ne décolle pas.
Checklist avant de passer en SASU
Avant de prendre la décision de passer en SASU, passe en revue cette liste de points :
- Mon CA dépasse régulièrement 50 000 €/an depuis au moins 2 ans
- J'ai des charges professionnelles significatives que je ne peux pas déduire en auto-entreprise
- J'ai fait une simulation comparative (avec un expert-comptable ou un simulateur en ligne) confirmant un gain net
- Je veux une meilleure couverture sociale (arrêt maladie, retraite complémentaire Agirc-Arrco)
- Je veux investir dans l'entreprise (matériel, local) en amortissant les achats
- J'ai un expert-comptable qui accompagnera la transition et la gestion annuelle
- J'ai informé mes clients actifs du changement de structure et de facturation
- J'ai vérifié l'absence de clause de non-concurrence dans mes contrats en cours
- J'ai budgété les frais de création (statuts, annonce légale, immatriculation) et les frais récurrents
Impact de la structure juridique sur la facturation au quotidien
Passer en SASU modifie plusieurs éléments de vos factures. Voici ce qui change concrètement.
Ce qui change sur vos factures en SASU
- La raison sociale : votre nom commercial suivi de "SASU" (ex : "Martin Conseil SASU")
- Le numéro SIRET : nouveau SIRET attribué à la société
- Le numéro de TVA intracommunautaire : obligatoire si vous êtes assujetti à la TVA
- Le capital social : mention "Capital social : X €" obligatoire sur toutes les factures et courriers
- Le RCS : numéro d'immatriculation au Registre du Commerce et des Sociétés
- Le siège social : adresse de la société (qui peut être différente de votre domicile)
Ce qui ne change pas
Les règles de TVA applicables à vos prestations restent identiques : vous facturez au même taux qu'en auto-entreprise selon la nature de votre activité. Les délais de paiement légaux (30 jours par défaut entre professionnels, 60 jours maximum) s'appliquent de la même façon. Vos prix ne changent pas nécessairement : la SASU ne justifie pas automatiquement une hausse tarifaire, mais votre nouvelle structure de coûts peut vous y inciter.
Protection sociale en SASU vs auto-entreprise : comparaison détaillée
Arrêt maladie
En auto-entreprise (régime SSI), les indemnités journalières maladie sont faibles et leur calcul est complexe. En SASU (assimilé salarié), les indemnités journalières sont calculées sur la base du salaire et peuvent atteindre 50 % du salaire journalier de base (plafonné à 1,8 SMIC). La différence est significative pour les arrêts longs (accident, maladie chronique). Si la protection en cas d'arrêt maladie est une priorité, la SASU est clairement supérieure.
Maternité et paternité
Le président assimilé salarié d'une SASU bénéficie des mêmes indemnités journalières maternité/paternité qu'un salarié (calculées sur le salaire). En auto-entreprise, les indemnités de maternité sont calculées sur le revenu déclaré et sont souvent nettement inférieures. Si vous prévoyez un arrêt parental, la SASU offre une couverture bien meilleure.
Retraite et prévoyance
En SASU, le président cotise à l'Agirc-Arrco (retraite complémentaire des cadres), ce qui génère des points de retraite complémentaire nettement supérieurs à ceux du régime indépendant (RCI) de l'auto-entreprise. La prévoyance (garantie invalidité, décès) peut être souscrite en entreprise avec déductibilité des cotisations patronales.
Optimisation fiscale en SASU : dividendes et flat tax
L'un des avantages majeurs de la SASU est la possibilité de distribuer une partie des bénéfices sous forme de dividendes, soumis à la flat tax de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux) plutôt qu'aux cotisations sociales (qui peuvent dépasser 70 % du revenu brut pour un salarié).
Quand est-il intéressant de se verser des dividendes ?
La distribution de dividendes est avantageuse si votre taux marginal d'imposition (TMI) est inférieur à 30 % (flat tax) ou si vous avez des bénéfices importants que vous ne souhaitez pas vous verser en salaire immédiatement. Pour les hauts revenus (TMI à 41 % ou 45 %), la flat tax à 30 % est toujours plus avantageuse que le barème progressif. Attention : les dividendes ne cotisent pas pour la retraite, contrairement au salaire.
Compte courant d'associé : une alternative aux dividendes
En SASU, vous pouvez avancer de l'argent à votre société (compte courant d'associé créditeur) ou en retirer (compte courant d'associé débiteur). Les remboursements de compte courant d'associé ne sont pas imposables. Cette technique permet de récupérer de la trésorerie sans passer par un salaire ou un dividende, en remboursant des avances que vous avez faites à la société.
Fermeture d'une SASU : comment ça se passe ?
Si votre activité se réduit ou que la SASU ne convient plus, la fermeture est plus complexe qu'une simple radiation d'auto-entreprise.
Dissolution et liquidation de la SASU
La fermeture d'une SASU passe par deux étapes : la dissolution (décision de mettre fin à la société, publication d'un avis de dissolution dans un journal d'annonces légales) et la liquidation (réalisation de l'actif, paiement du passif, partage du boni de liquidation). Le liquidateur (souvent le président) dépose les comptes de liquidation au greffe. La procédure prend 2 à 6 mois et coûte 1 500 à 3 000 € en frais de liquidation et d'expert-comptable.
Revenir en auto-entreprise après une SASU
Rien n'interdit de recréer une auto-entreprise après la fermeture d'une SASU. Vous obtenez un nouveau SIRET micro-entrepreneur. Attention aux clauses de non-concurrence éventuelles dans vos anciens contrats SASU, qui peuvent restreindre votre activité pendant une période définie après la fermeture de la société.
Accompagnement et ressources pour la transition auto-entrepreneur vers SASU
La décision de passer en SASU est structurante. Ne la prenez pas seul. Voici les ressources et interlocuteurs qui peuvent vous accompagner.
Le rôle de l'expert-comptable dans la transition
Un expert-comptable peut vous aider à : réaliser la simulation comparative chiffrée (auto-entreprise vs SASU sur 3 ans), rédiger les statuts ou valider un modèle en ligne, mettre en place la comptabilité de la SASU dès la création, optimiser la rémunération (arbitrage salaire/dividendes), et accompagner la déclaration fiscale annuelle. Le coût de cet accompagnement (1 500 à 4 000 €/an) doit être intégré dans votre simulation comparative.
Les plateformes en ligne pour la création de SASU
Des plateformes comme Legalstart, Captain Contrat ou Indy permettent de créer une SASU en ligne pour 300 à 800 €, avec rédaction des statuts et dépôt des formalités. Ces solutions sont adaptées aux activités simples (consultant, freelance) sans apport en nature complexe. Pour une activité artisanale avec apport de fonds de commerce ou une situation patrimoniale complexe, un avocat ou un expert-comptable reste recommandé.
Le guichet unique INPI pour les formalités
Depuis janvier 2023, toutes les formalités d'entreprise (création, modification, cessation) passent par le guichet unique en ligne de l'INPI (inpi.fr). Vous pouvez y déposer votre dossier de création de SASU, de radiation de votre auto-entreprise, et de modification de votre statut. Le guichet unique transmet ensuite les informations à l'URSSAF, au greffe du tribunal de commerce, aux services fiscaux et à l'INSEE.
En résumé : le bon moment pour passer en SASU est quand votre CA dépasse régulièrement 60 000 à 70 000 € HT, quand vos charges réelles dépassent l'abattement micro, ou quand vous souhaitez vous associer, emprunter pour votre activité ou mieux protéger votre patrimoine personnel. La SASU apporte de la crédibilité, des possibilités de rémunération optimisée et une protection sociale améliorée, en échange d'une gestion plus complexe et de frais plus élevés. Ce guide est révisé régulièrement pour intégrer les évolutions de la fiscalité des indépendants en 2026.
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