Gestion

Passer de auto-entrepreneur à SASU : les 3 seuils à connaître

Passer en SASU trop tôt, c'est payer une comptabilité pour rien. Attendre trop longtemps, c'est laisser des milliers d'euros en impôts inutiles. Il y a trois seuils précis entre les deux.

Publié le 8 mai 2026

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Tu passes en SASU quand l'un de ces trois seuils est atteint : ton CA approche du plafond légal de l'auto-entreprise, tes charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de l'AE, ou ton activité nécessite une protection patrimoniale ou des associés. Hors de ces cas, rester auto-entrepreneur est souvent la meilleure option, plus simple et moins chère à gérer.

Ce guide ne compare pas les statuts en théorie. Il te donne les trois déclencheurs concrets, avec les chiffres, pour savoir si tu es au bon moment.

Ce que le statut auto-entrepreneur t'interdit de faire

Avant les seuils, comprendre les blocages structurels de l'AE. Certains ne dépendent pas du CA.

Tu ne peux pas déduire tes charges réelles. Un auto-entrepreneur paie ses cotisations sur son chiffre d'affaires brut, et l'administration applique un abattement forfaitaire pour calculer l'impôt sur le revenu : 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les BNC. Si tes vraies dépenses professionnelles (matériel, véhicule, local, sous-traitance) représentent 45 % de ton CA, tu paies de l'impôt sur de l'argent que tu n'as pas gardé.

Tu ne peux pas t'associer. Un auto-entrepreneur est par définition une entreprise individuelle. Pas de co-fondateur, pas d'entrée d'investisseur, pas de partage de capital. Pour faire entrer quelqu'un dans ton activité, tu dois changer de structure.

Tu ne peux pas dépasser les plafonds. Au-delà d'un certain CA, tu sors de facto du régime. Ce n'est pas un choix, c'est une obligation légale.

Seuil 1 : le plafond de chiffre d'affaires

C'est le déclencheur le plus simple. Il n'y a rien à décider : si tu dépasses ces seuils deux années de suite, tu dois changer de statut.

Type d'activitéPlafond CA auto-entrepreneur 2026
Vente de marchandises, hébergement188 700 €
Prestations de services (BIC)77 700 €
Professions libérales (BNC)77 700 €

Si tu es prestataire de services (artisan, consultant, freelance) et que ton CA dépasse 77 700 € deux ans de suite, tu perds le régime micro. Ce n'est pas une pénalité, c'est une sortie automatique vers le régime réel simplifié ou normal.

La bonne pratique : anticiper. Quand tu approches de 60 000 à 65 000 € de CA annuel en services, commence à explorer la SASU. La création prend entre 2 et 6 semaines. Si tu attends d'avoir dépassé le seuil, tu gères la transition dans l'urgence.

Le seuil TVA, un signal d'alarme plus précoce

Le plafond de franchise TVA en 2026 est de 37 500 € pour les prestations de services. Au-delà, tu collectes la TVA même en restant auto-entrepreneur. Si tu as déjà franchi ce seuil, tu as déjà une partie de la complexité de la SASU sans ses avantages. C'est souvent le moment de réfléchir au changement de structure.

Seuil 2 : le point où la fiscalité bascule

C'est le plus complexe à évaluer, et c'est celui que la plupart des artisans ratent. La comparaison fiscale AE vs SASU dépend d'un facteur souvent ignoré : la part de tes vraies dépenses professionnelles dans ton CA.

Comment fonctionne l'abattement forfaitaire en AE

En auto-entreprise, tu ne déclares pas tes vraies charges. L'administration applique un abattement forfaitaire censé les représenter : 50 % du CA pour les services BIC. Si tes vraies dépenses sont inférieures à 50 %, tu es gagnant. Si elles sont supérieures, tu paies de l'impôt sur de l'argent déjà dépensé.

Exemple : tu réalises 70 000 € de CA avec 30 000 € de vraies dépenses (matériel, voiture pro, sous-traitance, assurances). Ton vrai bénéfice est de 40 000 €. Mais l'AE te calcule l'IR sur 35 000 € (70 000 × 50 %). Tu paies légèrement moins, mais tu n'as pas pu déduire 30 000 € de dépenses réelles contre 35 000 € d'abattement. Avantage marginal.

Maintenant : 70 000 € de CA avec 42 000 € de vraies dépenses. Vrai bénéfice : 28 000 €. Mais tu paies l'IR sur 35 000 €. Tu es imposé sur 7 000 € de bénéfice fictif. En SASU, ces 42 000 € seraient déduits avant calcul de l'IS.

La simulation à 70 000 € de CA

PosteAuto-entrepreneurSASU optimisée
Chiffre d'affaires70 000 €70 000 €
Charges réelles déductiblesNon déductibles15 000 € (dont comptable)
Cotisations sociales14 840 € (21,2 % du CA)Variable selon rémunération
Impôt sur les sociétésAucun (IR uniquement)15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice
Charges de gestion (comptable, etc.)Faibles (~500 €)2 500 à 4 000 €/an

La SASU permet d'optimiser via deux leviers combinés : rémunération du dirigeant (déductible avant IS) et dividendes (soumis au PFU de 30 %, pas aux cotisations sociales dans une SASU). Résultat : à CA égal, le dirigeant SASU peut payer moins de charges que l'auto-entrepreneur si ses dépenses réelles sont élevées et sa gestion bien calée.

Mais le point de bascule n'est pas universel. Il dépend de ta situation personnelle (autres revenus, situation familiale, dépenses réelles), et seul un expert-comptable peut faire ta simulation exacte. Ce qui est sûr : en dessous de 40 000 € de CA services, la SASU coûte plus cher à gérer qu'elle ne rapporte fiscalement.

Seuil 3 : les raisons stratégiques qui n'ont rien à voir avec le fisc

Parfois, la décision de basculer en SASU ne vient pas d'un calcul fiscal. Elle vient d'une contrainte opérationnelle.

La protection de ton patrimoine personnel

En auto-entreprise, ta responsabilité est en principe illimitée. Si un client te poursuit pour un sinistre important et que ton assurance ne couvre pas tout, tes biens personnels (épargne, voiture, parts de résidence principale si non protégées) peuvent être saisis.

La SASU est une société. Sa responsabilité est limitée au capital social, qui peut être d'1 €. Ton patrimoine personnel est séparé du patrimoine de l'entreprise. Pour les artisans du bâtiment, les freelances qui gèrent des projets importants, ou toute activité exposée à des risques financiers significatifs, c'est une raison suffisante à elle seule.

Note : depuis 2022, l'entrepreneur individuel (EI) bénéficie aussi d'une séparation automatique des patrimoines. La SASU reste la solution la plus solide juridiquement, mais l'EI comble en partie ce manque de l'AE.

L'accès à certains marchés et clients

Certains donneurs d'ordre n'acceptent pas les auto-entrepreneurs dans leurs panels fournisseurs. Grands groupes, marchés publics au-dessus de certains seuils, appels d'offres institutionnels : ils exigent une structure sociétaire avec bilan certifié. Si tu vises ce type de client, la SASU n'est pas une option, c'est un prérequis.

L'arrivée d'un associé ou d'un investisseur

Un auto-entrepreneur ne peut pas avoir d'associés. Si tu veux t'associer avec quelqu'un ou faire entrer un investisseur au capital, tu dois créer une société. La SASU se transforme facilement en SAS (société par actions simplifiée) dès qu'un deuxième actionnaire entre : pas de reconstitution de structure, juste une modification des statuts.

Ce que tu perds en quittant l'auto-entreprise

La SASU n'est pas que des avantages. Savoir ce que tu abandonnes évite les regrets.

La simplicité administrative

En AE, tu déclares ton CA chaque mois ou chaque trimestre sur le site de l'URSSAF. Vingt minutes, pas de bilan, pas de liasse fiscale. En SASU, tu as une comptabilité obligatoire, des comptes annuels à déposer au greffe, une assemblée générale à tenir chaque année, des déclarations fiscales plus complexes. Le coût d'un expert-comptable en SASU : entre 2 000 et 5 000 € par an selon l'activité.

Le versement libératoire de l'impôt

Si tu avais opté pour le versement libératoire en AE, tu payais ton impôt sur le revenu en même temps que tes cotisations, au fil de l'eau. En SASU, tu pagues l'IS trimestriellement par acomptes provisionnels, et ton IR personnel séparément. La trésorerie se gère différemment.

La couverture sociale (selon ta configuration)

En AE, tes cotisations (21,2 % du CA) couvrent maladie, retraite de base, invalidité-décès. En SASU, tout dépend de si tu te verses une rémunération. Pas de rémunération = pas de cotisations sociales = pas de droits à la retraite, pas d'indemnités journalières. Le dirigeant SASU qui se rémunère zero pour optimiser ses impôts construit sa retraite à zéro. C'est le compromis le plus souvent sous-estimé.

Comment créer ta SASU et fermer ton auto-entreprise

La transition se fait en deux temps parallèles : création de la SASU, puis radiation de l'AE.

Créer la SASU : les étapes

Rédige les statuts (modèles disponibles en ligne, mais un avocat ou comptable les sécurise pour 300 à 800 €). Dépose le capital social sur un compte bancaire bloqué (1 € minimum, mais entre 1 000 et 5 000 € en pratique pour la crédibilité). Publie un avis de constitution dans un journal d'annonces légales (~150 €). Dépose le dossier sur le guichet unique (guichet-entreprises.fr). Délai : 1 à 3 semaines pour obtenir le Kbis.

Radier l'auto-entreprise

Tu n'es pas obligé de radier immédiatement l'AE le jour de la création de la SASU. Dans la pratique, beaucoup de créateurs gardent les deux statuts actifs quelques semaines pendant la période de transition. Declare un CA nul sur l'AE pendant cette période, puis procède à la radiation via autoentrepreneur.urssaf.fr. La radiation prend effet à la date déclarée.

Ce qu'il ne faut pas faire

Ne continue pas à facturer avec ton AE après avoir créé ta SASU si tu as des clients en commun : tu auras deux structures actives qui peuvent se confondre. Ne transfère pas tes contrats en cours sans en informer tes clients : un contrat signé avec toi en tant qu'AE n'est pas automatiquement transféré à ta SASU. Et n'oublie pas de ré-immatriculer ton activité si elle est réglementée (artisanat, BTP) dans le nouveau registre.

FAQ

Peut-on créer une SASU tout seul, sans associé ?

Oui. La SASU est une SAS unipersonnelle : un seul actionnaire, toi. Tu es à la fois actionnaire et président. Tu peux rester seul indéfiniment ou faire entrer un associé plus tard en cédant des actions, ce qui transforme la SASU en SAS sans autre formalité majeure.

Quel est le capital minimum d'une SASU ?

Légalement, 1 €. En pratique, déposer entre 1 000 et 5 000 € donne plus de crédibilité auprès des banques et des clients. Ce capital te revient : il est à toi, bloqué le temps de l'immatriculation, puis disponible pour les dépenses de l'entreprise.

Peut-on passer de SASU à AE si ça ne convient pas ?

Techniquement oui, mais c'est une dissolution de société plus une nouvelle immatriculation AE. Ça prend plusieurs mois, coûte entre 1 000 et 3 000 € en frais divers, et peut créer des complications comptables. Avant de créer une SASU, être certain que c'est le bon moment : le retour arrière est coûteux.

Ma SASU peut-elle avoir le même numéro SIRET que mon AE ?

Non. La SASU est une entité juridique distincte : elle obtient son propre SIRET à la création. Ton SIRET d'auto-entrepreneur s'annule à la radiation. Tes clients devront mettre à jour leurs fichiers fournisseurs avec le nouveau SIRET.

Dois-je informer mes clients quand je passe en SASU ?

Oui, pour deux raisons. Les contrats en cours sont signés avec toi en tant qu'auto-entrepreneur : ils ne se transfèrent pas automatiquement à la SASU. Et tes factures vont changer : nouvelle raison sociale, nouveau SIRET, nouveau RIB si tu changes de banque. Envoie un email à chacun de tes clients actifs pour les informer du changement, en précisant la date d'effet et les nouvelles coordonnées de facturation.

Pour gérer tes cotisations URSSAF en auto-entrepreneur jusqu'à la radiation, consulte notre guide sur la déclaration et les charges auto-entrepreneur 2026.

Si tu hésites encore sur le moment, le bilan annuel auto-entrepreneur est le bon moment pour faire le point : CA réel, charges réelles, progression, et décider si l'année suivante justifie la transition.

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YB

Rédigé par Youcef Belhenniche, fondateur de Kelyseo·Vérifié en 8 mai 2026

Ce guide est mis à jour régulièrement pour refléter les évolutions réglementaires.

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