Beaucoup d'auto-entrepreneurs cotisent à l'URSSAF depuis des années sans avoir vérifié combien de trimestres de retraite ils ont réellement validés. Un auto-entrepreneur avec 30 000 € de CA en prestation de services valide 4 trimestres par an. Un auto-entrepreneur avec 5 000 € de CA peut ne valider que 2 trimestres, voire aucun. Le mécanisme de validation est mal connu — et le manque de trimestres peut coûter très cher à la retraite.
Comment fonctionnent les cotisations retraite d'un auto-entrepreneur
En régime micro-entrepreneur, les cotisations URSSAF sont calculées en pourcentage du chiffre d'affaires déclaré. Ce taux global inclut plusieurs cotisations sociales : maladie, maternité, retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès, allocations familiales, CSG, CRDS.
La cotisation retraite de base représente environ 6 à 7 % du CA total déclaré selon l'activité. Elle est intégrée dans le taux global URSSAF — vous ne la voyez pas séparément lors de votre déclaration, mais elle est bien là.
| Type d'activité | Taux URSSAF global 2026 | dont retraite de base (approx.) |
|---|---|---|
| Vente de marchandises (BIC) | 12,3 % | ~5,9 % |
| Prestations de services BIC (artisans) | 21,2 % | ~7,2 % |
| Prestations de services BNC (libéral) | 21,1 % | Variable selon caisse (CIPAV ou CNAV) |
| Activités libérales CIPAV | 21,2 % | Retraite CIPAV (régime spécifique) |
Les artisans (plombiers, électriciens, maçons, peintres...) sont rattachés au régime général de la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse) pour leur retraite de base, et à l'IRCEC ou à la RCI (Retraite Complémentaire des Indépendants) pour la complémentaire. Les professions libérales réglementées (avocats, médecins, architectes) ont des caisses spécifiques (CIPAV, CARMF, etc.).
Comment valider des trimestres de retraite en auto-entreprise
C'est le point crucial que la plupart des auto-entrepreneurs ignorent. Valider un trimestre de retraite ne dépend pas du fait que vous cotisiez, mais du montant de CA que vous déclarez.
Pour valider un trimestre de retraite de base (régime général — CNAV), votre CA trimestriel doit correspondre à un certain nombre d'heures au SMIC. En 2026, la règle est la suivante : vous validez un trimestre si votre CA trimestriel génère des cotisations retraite équivalentes à 150 heures de SMIC.
En pratique, les seuils de CA pour valider des trimestres en 2026 sont approximativement :
| Activité | CA annuel pour 1 trimestre | CA annuel pour 4 trimestres |
|---|---|---|
| Prestation de services BIC (artisans) | ~3 900 € / trimestre | ~15 600 € / an |
| Prestation de services BNC (libéral CNAV) | ~4 200 € / trimestre | ~16 800 € / an |
| Vente de marchandises (BIC) | ~7 100 € / trimestre | ~28 400 € / an |
Ces seuils sont approximatifs et varient chaque année avec le SMIC. Pour connaître les seuils exacts applicables à votre situation, consultez votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr.
Conséquence concrète : un artisan en prestation de services qui génère 10 000 € de CA par an ne valide que 2 trimestres (pas 4). Il cotise sur 10 000 € mais ne valide que la moitié des trimestres d'une année complète. Sur une carrière de 10 ans à ce rythme, c'est 20 trimestres manquants — potentiellement plusieurs centaines d'euros de pension en moins chaque mois à la retraite.
La retraite complémentaire : un autre régime, d'autres règles
En parallèle de la retraite de base (CNAV), les auto-entrepreneurs artisans cotisent à une retraite complémentaire. Pour les artisans, c'est le régime RCI (Retraite Complémentaire des Indépendants).
Le fonctionnement est différent de la retraite de base. Au lieu de trimestres, vous accumulez des points de retraite. Chaque euro de cotisation retraite complémentaire vous rapporte un certain nombre de points, dont la valeur est fixée annuellement.
La mécanique est simple : plus votre CA est élevé, plus vous cotisez, plus vous accumulez de points, plus votre pension complémentaire sera élevée. Il n'y a pas de seuil minimum pour accumuler des points — même 1 € de cotisation vous rapporte des points.
En revanche, le nombre de points accumulés par un auto-entrepreneur reste généralement inférieur à celui d'un salarié ou d'un TNS au régime réel, car votre assiette de cotisation est votre CA (avec abattement forfaitaire implicite) plutôt que votre revenu net réel. Un artisan qui déclare 40 000 € de CA avec 15 000 € de charges réelles cotise comme s'il avait un revenu de 40 000 €, mais son revenu réel est de 25 000 € — la comparaison avec un salarié à 25 000 € de salaire brut n'est pas favorable.
La retraite des professions libérales CIPAV
Les auto-entrepreneurs exerçant une activité libérale réglementée affiliée à la CIPAV (architectes, ingénieurs-conseils, guides de montagne, ostéopathes, psychologues...) ont un régime de retraite distinct.
La CIPAV utilise un système de classes de cotisation. En régime micro, les auto-entrepreneurs CIPAV cotisent à la classe A (la plus basse) par défaut. La cotisation est fixe — non plus proportionnelle au CA — depuis 2013 pour les micro-entrepreneurs CIPAV.
Points importants pour les libéraux CIPAV en auto-entreprise :
- La cotisation CIPAV est fixe (classe A en 2026 : environ 1 458 €/an pour la retraite de base)
- Elle est due même si votre CA est nul (sauf exonération de début d'activité la 1ère année)
- Elle vous donne droit à 4 trimestres par an, quelle que soit votre activité, dès lors que vous êtes affilié
- La retraite complémentaire CIPAV fonctionne également en points, accumulés selon votre classe de cotisation
Si vous exercez une activité libérale non réglementée (consultant, coach, rédacteur, développeur web...), depuis 2018, vous êtes rattaché au régime général (CNAV) et non à la CIPAV. Les règles de validation de trimestres décrites ci-dessus s'appliquent.
Peut-on améliorer sa retraite en auto-entrepreneur ?
Oui, plusieurs leviers existent.
Augmenter son CA jusqu'au seuil de 4 trimestres. C'est la solution la plus directe. Si vous êtes à 12 000 € de CA annuel en prestation de services et qu'il vous faut 15 600 € pour valider 4 trimestres, atteindre ce seuil devient un objectif chiffré.
Le rachat de trimestres. Si vous avez des trimestres manquants (années de CA insuffisant, études supérieures longues, périodes de chômage), vous pouvez les racheter auprès de l'assurance retraite. C'est coûteux (plusieurs milliers d'euros par trimestre selon votre âge), mais ça peut valoir la peine selon votre situation et votre espérance de vie.
L'épargne retraite individuelle (PER). Le Plan d'Épargne Retraite individuel est ouvert à tous les travailleurs indépendants. Les versements sont déductibles du revenu imposable dans une certaine limite. C'est le complément privilégié pour un auto-entrepreneur qui sait que ses cotisations obligatoires seront insuffisantes pour maintenir son niveau de vie à la retraite.
Passer au régime réel. Si votre CA dépasse les plafonds ou si vous avez des charges importantes, passer à une structure au régime réel (EURL, SARL, SAS) vous permet de cotiser sur votre revenu net réel plutôt que sur votre CA brut. La protection sociale est souvent meilleure, et les droits à la retraite plus importants.
Vérifier ses droits : les outils disponibles
Lassuranceretraite.fr : votre espace personnel en ligne. Vous y trouvez votre relevé de carrière, le nombre de trimestres validés à date, et une estimation de votre pension à différents âges de départ. C'est la source officielle — consultez-le au moins une fois par an.
Le relevé de situation individuelle (RIS) : document envoyé automatiquement à 35, 40, 45 et 50 ans par l'assurance retraite. Il récapitule l'ensemble de votre carrière, tous régimes confondus. Vous pouvez le demander à tout moment sur lassuranceretraite.fr.
L'estimation indicative globale (EIG) : envoyée à partir de 55 ans, elle donne une estimation de votre pension selon différentes hypothèses d'âge de départ. C'est le document le plus complet pour planifier votre fin de carrière.
Mon compte Cipav (pour les libéraux CIPAV) : sur cipav.fr, vous consultez vos points accumulés et estimez votre future pension complémentaire.
En parallèle, votre suivi de CA dans votre logiciel de facturation vous permet de vérifier chaque trimestre si vous avez atteint le seuil de validation. Avec Kelyseo (essai gratuit 14 jours), vous voyez votre CA cumulé en temps réel et anticipez vos déclarations URSSAF sans calcul manuel.
FAQ
Combien faut-il facturer pour valider 4 trimestres de retraite en auto-entreprise ?
En 2026, pour un artisan en prestation de services, il faut environ 15 600 € de CA annuel pour valider 4 trimestres. Pour la vente de marchandises, ce seuil est d'environ 28 400 €. Ces chiffres varient chaque année avec le SMIC et sont à vérifier sur lassuranceretraite.fr.
Si je ne génère pas de CA pendant plusieurs mois, est-ce que je perds mes droits retraite existants ?
Non. Les trimestres et points déjà acquis sont définitivement acquis. Une période d'inactivité ne les efface pas. En revanche, vous n'en accumulez pas de nouveaux pendant cette période. Si votre inactivité dure une année entière et que votre CA est nul, vous ne validez aucun trimestre pour cette année.
La retraite d'un auto-entrepreneur est-elle vraiment inférieure à celle d'un salarié ?
Généralement oui, à niveau de revenu équivalent. Un salarié cotise sur la totalité de son salaire brut (environ 28 % de cotisations patronales et salariales retraite), tandis qu'un auto-entrepreneur cotise entre 7 et 21 % de son CA, ce qui peut représenter un taux effectif inférieur sur le revenu net réel. De plus, l'employeur d'un salarié abonde les cotisations — avantage inexistant en auto-entreprise.
Puis-je cumuler retraite et auto-entreprise ?
Oui. Le cumul emploi-retraite est possible pour les auto-entrepreneurs. Si vous êtes retraité et que vous créez une auto-entreprise, vous pouvez continuer à exercer et percevoir votre pension de retraite. Dans certains cas (cumul intégral), la reprise d'activité peut vous permettre d'acquérir de nouveaux droits à la retraite et d'obtenir une majoration de pension.
Que se passe-t-il pour ma retraite si je ferme mon auto-entreprise ?
Les droits acquis sont conservés. La fermeture de l'auto-entreprise met fin aux cotisations futures mais n'efface pas les trimestres et points accumulés. Ces droits restent dans votre relevé de carrière et sont pris en compte dans le calcul de votre future pension, quel que soit le régime dans lequel vous cotisez ensuite (salarié, autre indépendant, etc.).
À lire aussi : cotisations URSSAF auto-entrepreneur : calcul et taux 2026 et charges auto-entrepreneur 2026 : tous les pourcentages.
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