Karim, maçon dans le Rhône, a terminé une extension de 58 m² fin mars. Solde dû : 8 200 €. Le client répond toujours au téléphone, promet que le virement part "cette semaine", et n'envoie rien. Dix semaines après la fin du chantier. Tu récupères ton argent si tu agis dans l'ordre. Ce guide te dit exactement quoi faire, dans quel ordre, avec quel délai.
La procédure pour facture impayée se déroule en quatre étapes : relance amiable, mise en demeure, injonction de payer, exécution forcée. Chaque étape a un délai précis et des pièces à fournir. Bonne nouvelle : à partir de la mise en demeure, c'est le client qui est sur la défensive.
Avant d'aller plus loin : ce guide traite des cas où la facture a été émise, le chantier terminé, et le client retarde ou refuse le paiement. Si ton client conteste la qualité des travaux, il y a une variante de procédure — on y revient dans la section sur les pièges spécifiques au bâtiment.
Les 3 profils du client qui ne paie pas
Savoir à qui tu as affaire change ce que tu dis au téléphone et ce que tu proposes dans ton premier email. Les erreurs coûteuses viennent souvent d'un maçon qui traite un problème de trésorerie client comme un problème de mauvaise foi, ou l'inverse.
Le client qui manque d'argent (et ne l'avoue pas)
Il a accepté ton devis sans avoir le budget. Il a compté sur un prêt, sur la vente d'un bien, sur une prime qui n'est pas arrivée. Il ne paie pas parce qu'il ne peut pas, mais il ne le dit pas parce qu'il a honte ou parce qu'il espère que ça se débloque.
Ses symptômes : il répond quand tu l'appelles, il promet des dates de paiement qu'il ne tient jamais, il ne conteste ni la facture ni la qualité des travaux. Il achète du temps.
La bonne approche : propose un échelonnement écrit. Pas par générosité, par pragmatisme. Un client insolvable qui accepte de payer 400 € par mois vaut mieux qu'un client insolvable contre qui tu obtiens une ordonnance d'injonction que tu ne pourras pas exécuter. Le plan d'échelonnement doit être signé des deux parties et préciser les dates de prélèvement : sans ça, il ne vaut rien juridiquement.
Le client qui invente des défauts
Celui-là est dangereux. Il ne refuse pas explicitement de payer : il "attend que les malfaçons soient reprises". Il a soudainement des griefs sur la qualité de la pose, le niveau d'un mur, une fissure de retrait normal. Il t'envoie des photos prises après ton départ, parfois après qu'il a lui-même touché à quelque chose.
Un client qui invente des défauts, c'est presque toujours un client qui n'a plus l'argent. Les contestations techniques apparaissent rarement chez quelqu'un qui peut payer : elles sont le paravent de la gêne financière.
Ici tu ne peux pas baisser la garde. Chaque prétendu défaut doit être documenté, réfuté par écrit, ou corrigé s'il est fondé. L'injonction de payer fonctionne même en cas de contestation technique, à condition que ta facture soit étayée par des preuves solides. Et si les griefs sont inventés, un constat d'huissier les neutralise définitivement.
Le client de mauvaise foi qui joue la montre
Plus rare, mais le plus frustrant. Il n'a pas de problème d'argent. Il sait qu'il te doit quelque chose. Il parie sur le fait que tu te lasses avant de passer à la procédure. Il ne répond pas aux emails, décroche pour dire qu'il "rappelle" et ne rappelle jamais, envoie des messages vagues depuis des semaines.
Avec ce profil, la seule chose qui fonctionne c'est la formalisation rapide : mise en demeure en recommandé dans les deux semaines qui suivent l'échéance. Pas de coup de fil qui "laisse une chance de plus". Il attend que tu te décourage. Ne l'aide pas.
Ce qui est valable pour les trois profils : tout ce qui n'est pas écrit n'existe pas. À partir d'aujourd'hui, chaque échange sur le paiement passe par email ou SMS.
Ce que tu dois rassembler avant d'envoyer quoi que ce soit
Une mise en demeure sans dossier solide est un coup d'épée dans l'eau. La force d'une procédure d'injonction de payer vient entièrement des pièces que tu déposes. Passe 30 minutes à rassembler ça avant d'écrire une seule ligne.
- Le devis signé des deux parties, daté, avec le montant total et les conditions de paiement
- Les factures émises (acompte, situations intermédiaires, solde), avec leurs dates et numéros
- La preuve d'envoi de chaque facture (email avec accusé de lecture, ou AR postal)
- Tes photos de fin de chantier, avec la date intégrée dans les métadonnées si possible
- Tous les échanges écrits avec le client (SMS, emails, WhatsApp, messages sur réseaux sociaux)
- Le procès-verbal de réception si tu en as établi un
- Les bons de livraison de matériaux, si tu veux prouver l'approvisionnement du chantier
Si tu n'as pas de PV de réception signé, c'est une lacune mais pas une catastrophe. La remise des clés, un email du client remerciant pour les travaux, ses demandes de correction même banales, ou ses photos du chantier terminé prouvent que le chantier était achevé et que le client l'a accepté de fait. On appelle ça la réception tacite.
La règle des suppléments non prévus
Si tu as facturé des travaux supplémentaires non prévus au devis initial, vérifie que tu as un accord écrit pour ces suppléments : email d'acceptation, avenant signé, ou au minimum un SMS de validation avant exécution. Sans ça, les supplémentaires sont les premières lignes qu'un juge écartera. Un devis complémentaire signé pour chaque modification de scope est la seule vraie protection.
Une fois les pièces rassemblées, classe-les dans un dossier numérique unique : date, description, type de pièce. Cette organisation te fera gagner du temps si la procédure va jusqu'au tribunal.
La relance téléphonique : ce qu'il faut dire
Avant d'envoyer quoi que ce soit par écrit, un appel bien calibré peut débloquer la situation en 5 minutes. L'objectif n'est pas d'obtenir un virement immédiat : c'est d'obtenir une date précise par écrit et d'identifier le profil du client.
L'erreur classique : appeler pour "prendre des nouvelles" ou "savoir si tout va bien". Cette approche laisse une porte de sortie facile. Il dira que c'est bientôt, racccrochera, et tu auras perdu deux semaines de plus.
Ce qui fonctionne : "Bonjour Monsieur [Nom], je vous appelle concernant la facture n° [X] de [montant] €, échue le [date]. Je n'ai pas vu le virement arriver. Est-ce qu'il y a un problème de votre côté ?"
Pause. Laisse-le parler en premier. S'il promet un virement, réponds : "Très bien. Je vous envoie un email dans les 5 minutes avec les coordonnées bancaires. Vous me confirmez dans cet email la date à laquelle vous effectuez le virement ?"
S'il conteste un point, ne rentre pas dans le débat technique au téléphone. "Je comprends. Notez-moi vos observations par email, comme ça on a tout noir sur blanc et je peux y répondre sérieusement."
S'il ne répond pas : ne rappelle pas deux fois le même jour. Attends 24 heures, rappelle une dernière fois à un horaire différent. Si toujours pas de réponse, passe directement à l'email formalisé. Trois appels sans réponse suffisent à documenter ta démarche amiable.
Ce que tu veux retirer de cet appel : soit une date de paiement confirmée par email, soit une contestation formulée par écrit. Dans les deux cas, tu as quelque chose à traiter. Le silence, au téléphone, ne t'avance à rien.
L'email de relance formalisé : le modèle à envoyer dans les 48 heures
Après l'appel ou directement si le client ne répond plus, envoie un email de relance formalisé. Son rôle est double : créer une preuve de ta démarche amiable, et changer de registre pour que le client comprenne que tu ne plaisantes plus.
Cet email n'est pas agressif. Il est factuel et précis, ce qui est amplement suffisant pour changer le ton de la relation.
Modèle d'email de relance formalisé (à adapter)
Objet : Relance facture n° [NUMERO] — [MONTANT] € TTC — échéance dépassée
Bonjour [Prénom Nom],
Sauf erreur de ma part, la facture n° [NUMERO] d'un montant de [MONTANT] € TTC, correspondant aux travaux de [DESCRIPTION COURTE] réalisés du [DATE DEBUT] au [DATE FIN], est arrivée à échéance le [DATE ECHEANCE] sans qu'aucun règlement ne soit parvenu.
Je vous demande de procéder au paiement dans les 8 jours suivant la réception de ce message, par virement sur le compte dont les coordonnées figurent sur la facture ci-jointe en rappel.
Sans règlement sous ce délai, je serai dans l'obligation d'engager une procédure de recouvrement, avec application des pénalités de retard légales (taux directeur BCE + 10 points, soit [taux en vigueur] % au [date]) et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €.
Cordialement,
[Ton prénom, nom, SIRET]
Envoie cet email avec demande d'accusé de lecture. Conserve la capture de l'email envoyé, la date, et l'accusé si tu l'obtiens. Ces éléments constituent la preuve de ta relance amiable si tu vas en procédure.
Pour des modèles complets selon l'avancement de la procédure (première relance, deuxième relance, relance avant mise en demeure), consulte notre guide sur les modèles d'email de relance facture impayée.
La mise en demeure : le courrier qui change les règles du jeu
Si l'email formalisé n'a pas produit de réaction dans les 8 jours, passe à la mise en demeure. C'est l'étape qui transforme ta situation : à partir de l'envoi, les intérêts moratoires commencent à courir, et le client sait que la procédure judiciaire est la prochaine marche.
La mise en demeure se distingue d'un email de relance par un critère unique : elle est envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). Ce format est indispensable. Un email, même formalisé, ne fait pas foi de la même façon devant un tribunal qu'une LRAR dont tu conserves le récépissé et l'avis de réception signé.
Ce que la lettre doit impérativement mentionner :
- L'identification précise de la créance (numéro de facture, montant TTC, date d'échéance)
- La référence au contrat ou devis signé (date, objet des travaux)
- Un délai de règlement de 8 jours à compter de la réception de la lettre
- La mention des pénalités de retard applicables (taux BCE majoré + 10 points)
- L'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €
- L'indication que tu saisiiras le tribunal compétent sans autre avis en cas de non-paiement dans le délai
Colle le récépissé de dépôt et l'avis de réception dans ton dossier dès que tu les reçois. Ces deux documents seront les premières pièces que tu joindras à la requête d'injonction de payer. Sans eux, le juge ne peut pas constater que tu as tenté une résolution amiable.
Ce que la mise en demeure ne fait pas
Elle n'interrompt pas la prescription. Elle fait courir les intérêts, mais pas le délai au-delà duquel tu ne peux plus agir en justice. Si tu n'as pas agi judiciairement avant la fin du délai de prescription (5 ans pour une créance d'un professionnel contre un particulier, 2 ans entre professionnels), ta créance devient irrécouvrable. La mise en demeure ne te protège pas de ça. Seul le dépôt d'une requête en justice interrompt la prescription.
Dans la grande majorité des cas, la mise en demeure déclenche une réaction. Soit un paiement, soit une proposition d'échelonnement, soit une contestation formalisée. Dans tous les cas tu avances. Le silence complet après une LRAR est le signal qu'il faut passer à l'étape suivante sans attendre.
Pour le modèle complet mot pour mot, avec toutes les mentions légales requises et les variantes selon le type de client (particulier ou professionnel), va sur notre guide modèle de mise en demeure facture impayée.
L'injonction de payer : 35 euros et moins de 2 mois
La plupart des maçons n'arrivent jamais jusqu'à l'injonction de payer parce qu'ils imaginent une procédure longue, coûteuse et intimidante. La réalité : c'est une requête de 2 pages, 35,21 € de frais de greffe en 2026, et une ordonnance rendue en 4 à 6 semaines sans que tu aies besoin d'un avocat.
C'est la procédure la plus adaptée aux créances d'artisans. Elle est conçue pour les dettes incontestables dont le montant est certain. Une facture de travaux correspondant à un devis signé, avec PV de réception ou acceptation tacite : c'est exactement ce que le juge veut voir.
La procédure en 4 étapes concrètes
Étape 1 : tu déposes une requête au greffe du tribunal judiciaire du lieu de résidence de ton débiteur (ou tribunal de commerce s'il est professionnel). Cette requête peut être rédigée sur papier libre ou sur le formulaire Cerfa n° 12947, téléchargeable sur le site du ministère de la Justice. Tu y décris la créance, son montant exact (principal + intérêts + indemnité forfaitaire de 40 €), et tu listes les pièces jointes.
Étape 2 : le juge examine ta requête sans audience ni débat contradictoire. Si les pièces sont solides et la créance manifeste, il rend une ordonnance portant injonction de payer dans les 4 à 6 semaines. Si la créance semble contestée ou insuffisamment documentée, il peut refuser et t'inviter à passer en assignation classique.
Étape 3 : une fois l'ordonnance rendue, tu fais signifier l'ordonnance par un huissier de justice à ton débiteur. C'est le seul coût supplémentaire, entre 80 et 150 € selon l'huissier et la localisation. Le client dispose alors d'un mois pour former opposition.
Étape 4 : si le client ne forme pas opposition dans le délai d'un mois, l'ordonnance devient exécutoire. L'huissier peut pratiquer une saisie sur compte bancaire, sur créances professionnelles, ou sur bien meuble. C'est là que l'argent rentre.
Les pièces à joindre obligatoirement à la requête
- Le devis signé des deux parties (copie)
- La ou les factures impayées (copies)
- La mise en demeure et son avis de réception signé par le destinataire
- Tout élément prouvant que les travaux ont été réalisés et acceptés (photos datées, PV, emails du client)
- Tes coordonnées complètes et ton SIRET
- Le calcul des intérêts de retard si tu les réclames
Le seuil de compétence : tribunal judiciaire pour toutes les créances si le débiteur est un particulier, quelle que soit la somme. Tribunal de commerce si c'est un professionnel ou une société. Pour les montants inférieurs à 5 000 €, tu peux également saisir directement le tribunal judiciaire par une requête simplifiée.
Dans 80 à 85 % des cas observés, un client qui reçoit la signification d'une ordonnance d'injonction de payer règle sans aller jusqu'à l'opposition. La procédure est un outil de pression autant qu'un outil judiciaire. L'ordonnance signifiée par huissier est souvent ce qui déclenche le virement, là où dix semaines d'attente passive n'avaient rien produit.
Pour le détail complet de la procédure, les délais réels par juridiction, et les erreurs à éviter dans la requête, consulte notre guide sur l' injonction de payer artisan.
Les pièges spécifiques aux chantiers de maçonnerie
Les articles généralistes sur les impayés artisans ne traitent pas des situations propres au bâtiment. Voici les cas que tu vas probablement rencontrer si tu travailles en maçonnerie, gros oeuvre ou extension.
La retenue de garantie de 5 %
Si tu travailles pour un maître d'ouvrage (particulier ou professionnel) sur un chantier soumis à la loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 relative aux retenues de garantie, le client peut légalement retenir 5 % du montant de chaque facture jusqu'à la levée des réserves ou pendant un an après la réception des travaux.
Cette retenue de 5 % n'est pas un impayé. C'est une garantie légale. Tu ne peux pas la réclamer avant la fin du délai ou la levée formelle des réserves, sauf si le client ne respecte pas ses propres obligations : délai écoulé sans levée formalisée, refus arbitraire de lever des réserves déjà reprises. Dans ce cas, envoie une mise en demeure de payer le solde retenu.
Attention : si ton client retient plus de 5 % en invoquant la "garantie", c'est illégal. La retenue est plafonnée à 5 % par la loi. Tu peux réclamer l'excédent immédiatement par mise en demeure.
Un point souvent ignoré : le maître d'ouvrage ne peut exercer la retenue de garantie que s'il a proposé au prestataire de constituer une caution bancaire en lieu et place de la retenue. Si cette caution n'a jamais été proposée, certains juristes considèrent que la retenue perd sa base légale. Sujet à débat, mais à soulever si tu es en litige.
Les réserves à la réception des travaux
Un client qui émet des réserves lors de la réception n'a pas le droit de bloquer toute la facture. Les réserves ne permettent de retenir que le montant strictement correspondant à la reprise des désordres mentionnés, pas plus. Si ta facture est de 14 000 € et que les réserves portent sur une reprise estimée à 800 €, le client ne peut retenir que ces 800 € jusqu'à la levée.
Si les réserves sont vagues ("finitions pas soignées", "mur pas droit"), conteste-les par écrit dans les 48 heures en demandant une liste précise, localisée et chiffrée. Tu ne peux pas reprendre ce que tu ne sais pas. Et un juge n'accordera pas de retenue sur une réserve qui n'est pas chiffrée.
Si les réserves sont manifestement inventées ou hors proportion, fais constater l'état du chantier par un huissier. Le constat d'huissier coûte entre 200 et 400 €, mais il est recevable comme preuve de l'état réel des travaux devant n'importe quelle juridiction. C'est souvent suffisant pour mettre fin aux contestations de mauvaise foi.
Le cas CCMI : maison neuve sous contrat de construction
Pour les maisons individuelles construites sous CCMI (Contrat de Construction de Maison Individuelle), le cadre juridique est régi par la loi du 19 décembre 1990. Le client dispose d'un droit de rétention légal de 5 % du prix à la réception, libéré par consignation auprès d'une caisse de dépôt ou restitué à la levée des réserves dans l'année.
Si tu es sous-traitant d'un constructeur CCMI et que ce constructeur ne te paie pas, tu disposes d'un recours direct contre le maître d'ouvrage (le particulier qui fait construire) : l'action directe prévue par l'article 12 de la loi du 31 décembre 1975 sur la sous-traitance. Cette action te permet de réclamer ton paiement directement à la source, à concurrence de ce que le maître d'ouvrage doit encore au constructeur. Elle est soumise à conditions : ton sous-traité doit avoir été agréé par le maître d'ouvrage et ton sous-traitant doit être défaillant au sens de la loi.
Sous-traitance : quand c'est l'entreprise générale qui ne paie pas
Si tu es sous-traitant direct d'une entreprise générale et que cette dernière ne te règle pas, tu as le même recours : l'action directe contre le maître d'ouvrage final. Pour l'activer, envoie une mise en demeure à l'entreprise générale en mettant le maître d'ouvrage en copie. Si le paiement n'intervient pas dans un délai raisonnable, notifie le maître d'ouvrage par LRAR en te prévalant de la loi de 1975 sur la sous-traitance.
Condition indispensable : ton contrat de sous-traitance doit avoir été présenté et agréé par le maître d'ouvrage avant le début des travaux. Sans cet agrément, l'action directe n'est pas ouverte et tu devras te retourner uniquement contre l'entreprise générale.
Pour les questions de facturation intermédiaire (acomptes, situations, PV d'avancement), le guide facturer un chantier de maçonnerie : acompte, TVA et situations détaille les éléments obligatoires par type de chantier et les erreurs les plus courantes sur les factures de solde.
Ce que tu perds à attendre
La plupart des maçons attendent trop longtemps. Ils veulent "laisser une chance", éviter un conflit, espèrent que ça se règle seul. Trois mois passent. Puis six. L'attente coûte plus cher qu'un avocat.
Premier problème : les preuves s'effacent. Les photos de chantier finissent dans les corbeilles de téléphones remplacés. Les emails disparaissent des boîtes mal archivées. Les témoins oublient les détails. Pire : dans 18 mois, le chantier lui-même aura évolué. Il sera impossible de prouver l'état de la prestation au moment de la réception.
Deuxième problème : les actifs du client bougent. Un compte bancaire bien approvisionné aujourd'hui peut être vide demain. Un bien immobilier peut être vendu ou hypothéqué. Une saisie sur compte sans provisions donne une ordonnance sur papier. Une ordonnance sur papier ne paie pas tes fournisseurs.
Troisième problème : psychologique. Plus tu attends, plus le client perçoit ton silence comme une acceptation tacite de la situation. À 12 mois de retard, il te dira que tu n'as jamais vraiment insisté, que les travaux avaient des défauts dont tu n'as jamais voulu tenir compte, que vous aviez un arrangement verbal différent. Il réécrit l'histoire. Et sans preuves récentes, tu ne peux pas le contredire.
Le calendrier qui te met dans les meilleures conditions : J+15 après l'échéance non respectée, tu envoies l'email formalisé. J+30 sans réponse satisfaisante, tu envoies la mise en demeure en LRAR. J+60 après la mise en demeure sans règlement, tu déposes la requête en injonction de payer. Ce calendrier est raisonnable, prouvable et parfaitement accepté par les tribunaux comme démarche amiable préalable.
Pour ne plus jamais perdre le fil de tes échéances de paiement et recevoir des alertes automatiques dès qu'une facture dépasse son délai, la page logiciel de facturation pour maçon présente ce que Kelyseo propose spécifiquement pour ce corps de métier.
FAQ
Mon client dit que les travaux sont mal faits pour refuser de payer : que faire ?
Sépare les deux sujets par écrit dans les 48 heures. Envoie un email : "Je prends note de vos observations techniques. Elles sont distinctes de l'obligation de paiement de la prestation réalisée. Je vous demande de me communiquer la liste précise, localisée et chiffrée des réserves, et de procéder au paiement de la partie non contestée de la facture."
Un client ne peut pas refuser de payer intégralement une facture au motif d'une contestation partielle. Il peut retenir la somme correspondant aux travaux disputés, pas l'intégralité. Si ses réserves sont infondées, fais constater l'état du chantier par un huissier (200 à 400 €). Ce constat neutralise les contestations inventées devant le juge.
J'ai fait les travaux sans devis signé : j'ai encore un recours ?
Oui, mais c'est plus difficile. Sans devis signé, tu dois prouver l'existence du contrat et le montant convenu autrement : échanges emails ou SMS décrivant les travaux et le prix, factures antérieures acceptées sans contestation, photos de chantier avec horodatage, témoignages de tiers présents. L'injonction de payer reste envisageable, mais le juge examinera tes pièces avec plus d'exigence. Le taux de refus est sensiblement plus élevé que lorsqu'un devis signé figure dans le dossier.
Sur tous tes prochains chantiers, sans exception : devis signé, daté, avec le montant détaillé et les conditions de paiement. Même pour les interventions de 400 €. Surtout pour les interventions de 400 € : ce sont souvent les plus contestées.
Combien coûte la procédure d'injonction de payer pour un maçon ?
35,21 € de frais de greffe pour déposer la requête. Entre 80 et 150 € d'honoraires d'huissier pour la signification de l'ordonnance. Pas d'avocat obligatoire pour les montants inférieurs à 10 000 € devant le tribunal judiciaire. Total réel : moins de 200 € pour engager une procédure permettant de récupérer plusieurs milliers d'euros.
Si le client perd et que la décision est exécutoire, les frais de procédure sont à sa charge. Tu peux les inclure dans ta requête en les justifiant.
Combien de temps prend une injonction de payer pour un chantier de maçonnerie ?
De la requête déposée à l'ordonnance signifiée : 6 à 10 semaines en général, selon le tribunal et la charge du greffe. Si le client ne forme pas opposition dans le mois qui suit la signification, tu peux enclencher l'exécution forcée immédiatement. Si le client forme opposition, l'affaire bascule en procédure contradictoire avec audience : délai total de 6 à 18 mois selon les tribunaux, avocat souvent conseillé au-delà de 5 000 €.
Dans les faits, l'opposition est rare sur les créances de travaux bien documentées. Le plus souvent, la signification par huissier suffit à déclencher le paiement. C'est pour ça que des maçons qui attendaient depuis 8 mois sont payés dans les 15 jours qui suivent la réception de l'ordonnance.
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